L'importance des aliments crus. Les vitamines.

Publié le par Docteur Paul Carton

Depuis longtemps les empiriques naturistes et les médecins avertis avaient reconnu la nécessité de faire consommer des aliments vivants et de recommander l'usage courant d'aliments crus, aux gens bien portants comme aux malades. Et ils préconisaient l'emploi quotidien de légumes crus (salade, etc.), de fruits crus et même d'un peu de céréales crues trempées à l'avance (blé), pour contrebalancer l'influence déprimante des aliments morts (aliments cuits, stérilisés, concentrés). Ils avaient observé que l'alimentation crue (les fruits surtout) facilite considérablement le nettoyage humoral, la vivification et le rétablissement au cours des maladies aiguës et chroniques, et qu'elle donne beaucoup plus de vitalité et d'endurance aux gens bien portants. Ils savaient que ces effets étaient dus à la force vitale impondérable qui constitue le pouvoir de germination, de végétation, de réparation, de cicatrisation, présent chez tous les animaux et les végétaux. Ils avaient reconnu que cette énergie vitale alimentaire provenait exclusivement du règne végétal qui l'extrayait du sol et du rayonnement solaire et que les animaux étaient incapables de l'élaborer directement. Les êtres carnivores se nourrissent,en effet,d'herbivores ou de frugivores.

 

Les auteurs classiques, rivés à la conception alimentaire, purement chimique et calorifique, avaient longtemps méconnu la puissance des énergies nutritives impondérables. Aussi défendaient-ils à tout le monde l'usage des crudités (salade, fruits), sous les mauvais prétextes qu'ils sont indigestes et sans valeur calorifique, et qu'ils peuvent véhiculer des microbes. Leur incompréhension de la puissance vitalisante des aliments crus était telle qu'ils allaient jusqu'à taxer de folie la prescription d'un peu de salade ou de fruits crus,à des individus atteints de déchéance nutritive.

 

Puis, sont venus des recherches de physiologistes qui sont en train d'opérer le renversement de ces opinions classiques. En nourrissant des animaux rien que de produits stérilisés ou cuits ou encore rien que d'aliments purifiés, c'est-à-dire dénaturés (caséine, graisse et amidon purs, minéraux chimiques), on a vu qu'il se produisait invariablement de l'arrêt de développement, des désordres nerveux, hémorragiques et oculaires, des paralysies,des troubles trophiques, finalement une cachexie mortelle et qu'il suffisait à la période ultime de donner très peu de certains produits naturels et frais (lait, céréales entières, fruits) pour ramener la vigueur et la santé. Ces faits expérimentaux rapprochés des enseignements cliniques fournis par l'étude du scorbut (qui se déclare, par exemple,chez les marins nourris de conserves ou chez les enfants mis aux produits stérilisés) et par l'étude du béribéri (qui sévit chez les individus nourris presque exclusivement de céréales décortiquées : riz poli, farines blanches) ont apporté la démonstration irréfutable de l'existence de produits impondérables, vivants, que Funck a dénommés « vitamines ». Et, cette découverte  expérimentale a contribué à faire admettre enfin par les classiques l'obligation de consommer régulièrement certains aliments crus, si l'on veut éviter des carences alimentaires et les maladies qu'elles entraînent.

 

Trois catégories de vitamines (A,B et C) ont été caractérisées expérimentalement.La vitamine A soluble dans les graisses, abonde dans les légumes verts (salade, épinard, chou, carotte), et dans les corps gras (beurre, crème de lait, jaune d'oeuf, huile). Elle favorise le développement des individus jeunes, le bon état trophique des tissus et la vigueur des défenses naturelles antimicrobiennes. La carence de vitamine A prédispose à toutes les infections microbiennes,aux caries dentaires, au rachitisme et détermine une maladie des yeux (xérophtalmie). La vitamine B se rencontre surtout dans les céréales entières (zones corticales et germe) et dans la levure de grains. Elle sert au bon entretien des organes glandulaires et nerveux. Sa suppression entraîne les troubles circulatoires (oedèmes) et nerveux (névrites) du béribéri. La vitamine C se trouve principalement dans les fruits crus, puis dans les légumes crus (chou, pomme de terre, carotte, pois, etc.) et aussi dans la partie aqueuse du lait (petit lait).Elle favorise la croissance et le développement osseux. Le scorbut et la maladie de Barlow (scorbut infantile) résultent de la privation de vitamine C (lait stérilisé, absence de végétaux frais). Signalons enfin qu'aucun produit pharmaceutique, dit vitaminé, ne saurait se substituer à la vie alimentaire des végétaux frais.

 

Ces expériences de laboratoire n'ont donc fait que corroborer et étayer encore plus solidement, nous le répétons, les enseignements naturistes, traditionnels et empiriques, et elles permettent d'affirmer en toute certitude qu'un régime alimentaire ne peut pas être considéré comme synthétique, normal et naturel, s'il ne comporte pas l'usage quotidien des trois vitamines, c'est-à-dire de salade et légumes crus, de fruits crus, de blé cru, pris combinés, à doses modérées, en hors-d'oeuvre(voir dans le chapitre des recettes). Cette nécessité s'impose à tous les âges (enfants sevrés, adultes,vieillards),dans toutes les circonstances physiologiques (grossesse, allaitement) et dans tous les états morbides où la nourriture solide est indiquée. Il n'y a qu'à bien régler le choix et le dosage des produits employés (doses minimes chez les petits enfants et les entéritiques, par exemple).

 


 

trophique = Ensemble des phénomènes qui conditionnent la nutrition et le développement d'un tissu (ensemble de cellules), d'une partie de l'organisme ou d'un organe.

 

cachexie = Dégradation profonde de l'état général, accompagnée d'une maigreur importante.

 

scorbut = Le scorbut est une maladie due à une carence délétère en vitamine C qui se traduit chez l'être humain, dans sa forme grave, par un déchaussement des dents et la purulence des gencives, des hémorragies, puis la mort.

 

béribéri = Le béribéri est une maladie causée par un déficit en vitamine B1 (malnutrition), qui provoque une insuffisance cardiaque et des troubles neurologiques.

 

xérophtalmie = La xérophtalmie est un état de sécheresse avec atrophie de la conjonctive bulbaire entraînant l'opacité de la cornée, la perte plus ou moins complète de la vision et parfois aboutissant à la kératomalacie (on peut également parler de kératinisation de la cornée). Cette maladie est due à une carence en vitamine A ou à d'autres causes plus rares (syndrome de Sjögren).

 

 

Publié dans La cuisine simple

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