L'alimentation est une voûte

Publié le par Docteur Paul Carton

Le régime normal peut être comparé à une voûte où chaque pierre est choisie et placée pour donner un ensemble qui forme un tout harmonieux et solide. Que plusieurs pierres viennent à manquer, la sécurité de l'édifice est compromise. Que la clef de voûte ou grosse pierre centrale soit absente, rien ne tiendra plus. De même, dans un régime, si l'une ou plusieurs des catégories nutritives nécessaires ne sont pas présentes dans les menus, il se crée des carences ; le reste du régime est mal utilisé et la construction organique périclite. Toutes les catégories d'aliments doivent donc s'épauler et se soutenir les unes les autres et, par-dessus tout, la ration azotée doit être bien agencée, car elle est fondamentale et représente la clef de voûte du régime.

 

On ne saurait croire combien cette conception de la synthèse alimentaire joue un rôle capital dans le renforcement des résistances organiques, la conservation de la santé et, par suite, dans la détermination des réceptivités morbides et combien il importe pour tout le monde, et plus particulièrement pour les médecins, les maîtresses de maison et même les cuisiniers d'être éclairés sur la constitution d'un régime synthétique normal, afin d'éviter la prescription ou la présentation de menus dangereux, parce que mal construits (excès de matériaux d'une catégorie, carences totales d'autres espèces d'aliments).

 

En effet, la carence azotée (aliments azotés insuffisants ou mal choisis, trop toxiques, non adaptés ou exclusivement végétaux) conduit à la fonte musculaire à l'inutilisation des graisses, sucres, amidons, acides ; la carence des combustibles (régime sans graisses, sans sucres,ou sans féculents) fait maigrir, abaisse les forces, encrasse les humeurs par impossibilité d'utiliser les matériaux azotés ; la carence de vitalisation (privation d'aliments crus) donne des troubles de nutrition par carence (avitaminoses, scorbut), béribéri, fissures ou infections cutanéo-muqueuses,etc.).

 

Enfin, il est utile de savoir que la nourriture non synthétique est incapable de provoquer la sécrétion d'un suc gastrique pleinement actif, car les expériences de Pawlow ont établi qu'à chaque catégorie de matériaux nutritifs correspond la sécrétion d'un suc gastrique spécial. Ce n'est donc qu'en présence d'une nourriture comportant toutes les variétés de substances utiles à l'entretien corporel que les glandes gastro-intestinales peuvent sécréter, par réaction, des sucs digestifs complets.

 

En résumé, le régime non synthétique et mal choisi aboutit toujours à la déroute des forces nerveuses, à la perte des immunités naturelles, à la paralysie des défenses corporelles, à la déclaration de maladies dyscrasiques ou infectieuses, car, il ne faut jamais l'oublier, les maladies microbiennes ne peuvent apparaître que grâce à la déficience du terrain organique.

 

On n'imagine pas la quantité de gens qui tombent malades uniquement du fait de régimes mal constitués et mal choisis. On ne se figure pas les miracles de guérison que l'on peut accomplir rien que par la réforme des habitudes de régime et les prescriptions de menus bien synthétiques et bien adaptés.

 

La science du régime synthétique et bien choisi devrait donc faire partie de l'enseignement professionnel du cuisinier autant que du médecin, car leur collaboration est indispensable pour assurer l'oeuvre capitale de la prophylaxie ou de la guérison des maladies, par la prescription et l'exécution de régimes rationnels et sains.

 


dyscrasique = mauvaise constitution ou mauvaise circulation des liquides corporels et organiques.

prophylaxie = mesures à prendre pour prévenir une maladie.

Publié dans La cuisine simple

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